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St Pierre de Montmartre.

Paris. 18.

Cabinet Montauffier : architecture et urbanisme

Atelier Aubépine : étude et conception paysagère

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Le chemin de vie

Lieux ou les temps s’accumulent, les jardins de l’église Saint Pierre de Montmartre comprennent en leur sein bon nombre de trésors. 

 

Empreintes de bâtiments: reliquats de l’ancien couvent bénédictins...

Empreintes de Foi: l’église, l’ancien calvaire du Mont Valérien, le chemin de croix...

Empreintes humaines, de l’époque romaine à nos jours: pierres dite de ci-gît (sépultures)...

 

Ainsi, plusieurs points forts liés au site enrichissent la démarche de projet. 

 

 

La modification de l’architecture des lieux ne peut être une direction envisageable, l’ensemble étant protégé au titre d’Espaces Verts Protégés par le Plan Local d’Urbanisme de Paris.

Il n’est pas souhaitable non-plus d’envisager d’intervenir dans le sol au-delà des 80 centimètres de profondeur, ceci afin d’éviter tout impact sur les vestiges existants.

L’ensemble des jardins, voisinant avec l’un des réservoirs d’eau de Paris, lieu sensible et aussi protégé, le projet doit donc prendre en considération les vues et limiter les obstacles permettant d’un regard l’appréciation des limites...

 

Par ailleurs, le programme d’aménagement de la paroisse, confié par l’intermédiaire de son Curé, le Père Patrice Sonnier, amène à introduire dans la démarche de projet un esprit d’aménagement se voulant volontairement ouvert tout en gardant l’âme des lieux :  l’expression de la symbolique spirituelle. 

 

Le projet paysager devra donc permettre différents cheminements, prendre différentes dimensions: historique, architectural, culturel et cultuel.

 

  • le cheminement historique. En parcourant, aujourd’hui et demain le sol enherbé, les paroissiens et visiteurs découvrent à chaque pas, parfois par surprise, ces chronologies d’histoires qui se rejoignent en ces lieux riches d’expériences: de cet ancien Temple dédié à Mars, en passant par la révélation du Saint, Saint Denis, ainsi qu’aux postures du premier télégraphe de Paris promettant aux hommes de se lier et de communiquer ensemble, et tant d’autres. Le projet d’aménagement du Chemin de vie doit permettre, avec continuité, l’ensemble des rencontres, des histoires, qu’elles soient passées ou  en devenir. Ce jardin est donc un espace fondamental de communication. Tout naturellement, lors de la démarche de projet, ces amorces de liens concentrèrent l’ensemble de nos réflexions. Que devions-nous faire de ces liens? Comment aménager ce lieu en pérennisant ces histoires, ces liens…

Re-consolider cet espace clos de murs et de grilles en espace originel ouvert tel qu’il l’était aux travers des époques, demande aujourd’hui une nouvelle direction, de nouvelles utilisations. La proposition du Chemin de vie invoque un nouvel élan contemporain se traduisant par l’idée de création d’une structure administrative permettant la visite ponctuelle et organisée des lieux, la rencontre des histoires, mais aussi l’initiation par de futures ouvertures pédagogiques. Par leurs présences, ces visites permettront à ce nouveau paysage urbain de vivre parmi le maillage végétal environnant. Le jardin n’est plus isolé. Il devient un espace rare, choyé, posé dans son écrin que représente la Butte Montmartre, sorte d’Omphalos urbain. Les visites organisées permettront de subvenir à la pérennité de l’aménagement en répondant aux besoins d’entretien régulier d’un tel espace.

 

  • le cheminement architectural. En ces lieux où repose, aux gré des siècles, l’empilement des expressions architecturales:  des colonnes de l’ancien temple à l’intérieur de l’église Saint Pierre, des vestiges de l’ancienne  basilique mérovingienne dédiée à Saint Denis,  des pierres de ci-gît disséminées sur l’ensemble des lieux (romaines, mérovingiennes, carolingiennes, XII au XVII ème…), de l’église romane construite par le Roi Louis le Gros en 1133 et consacrée par le Saint Père Eugène III en 1147, de l’abbaye royale de moniales bénédictines fondée par la Reine Adélaïde de Savoie,  au calvaire en provenance du Mont Valérien transféré lors de la réalisation du monument en hommage aux fusillés de la seconde guerre mondiale,  l’ensemble du jardin respire le  premier  Art. L’Architecture.

Un jardin, un parc de ville, privé à ouverture semi-publique. Prolongement de l’inscription au sol et sous-sol, de visions et ombres d’architectures. Le jardin est le lieu de référence, de rencontres et de confrontation d’époques et de styles. Ainsi le projet propose de faire renaître l’ancien cloitre de l’abbaye moniale bénédictine du XII ème siècle, disparu  aujourd’hui, mais dont les fondations affleurent toujours les terres. Ce cloître, lieu des rencontres (architecturales, humaines, spirituelles, et paysagères), ne se propose pas comme une simple construction contemporaine indépendante, meublant l’espace comme un mobilier. Bien au contraire il se propose d’être un lien, un liant, une discussion ouverte entre l’architecture des lieux et le paysage. Son expression, « Cloitre de verdure », nous invite à redéfinir la notion de limite qui s’impose bien souvent en effaçant les codes habituels: d’un coté le bâti et de l’autre le jardin/paysage. Le Cloître de verdure devient donc l’expression transitionnelle de l’architecture et du paysage, l’expression transitionnelle de la construction et expression humaine vers le jardin/paysage/nature. Le lien…

  • le cheminement cultuel et culturel. L’église Saint Pierre de Montmartre, lieu intermédiaire, conciliant à la fois les différentes expressions: en premier, le lieu spirituel lors des cérémonies et offices ponctuant les heures, les jours, les saisons du calendrier romain… les sacrements… la liturgie… la prière… l’ensemble des espaces consacrés rappelle la vie consacrée au sein de l’église. Le cheminement et l’élévation spirituelle du nomade de vie qu’est l’Homme. Le pèlerin suivant la route de la foi catholique, le chemin de croix (via crucis) tout le long des 14 moments particuliers, privés ou communautaires, évoquant le Christ, Sauveur des hommes. En second, L’église Saint Pierre de Montmartre, expression de culture, traduction de la vie artistique, inspiratrice de création. Chaque année, différentes manifestations promeuvent l’Art. Que nous parlions de ces quelques pigments de peinture de départ qui flattent notre regard une fois  terminé en une harmonie de sujets sur les toiles lors d’expositions temporaires, ou bien de ces vocalises qui fixent notre attention du moment, ou encore de ces concerts rythmant les mélodies angéliques de la nef soufflées par l’orgue tribune Cavaillé-Coll depuis 1868. 

Le projet jardin / nature offre des possibilités de  moments de vie divers. Des possibles individuels par l’expression de foi personnelle pouvant se réaliser aux détours de bosquets créés pour cet effet, et d’autres collectifs lors de différentes cérémonies (chemin de croix, messe extérieure…) marqués par plusieurs encadrements végétaux. De possibles artistiques avec l’expression théâtrale et autres manifestations pouvant se concrétiser sur une esplanade prévue à cet effet et transformant ainsi le lieu jardin en lieu de représentation pour d’éventuels lectures et sonnets. De possibles familiaux, en laissant une place importante dans la dite « plaine » aux jeux et cris des enfants, aux jeux et discussions des adultes autour de la salle de repos devenant pour l’occasion une aire de pétanque… De possibles potagers, lors de cultures florales partagées ouvrant le « champ du Maître de la maison» à l’ensemble des convives. De possibles rencontres  pédagogiques autour du thème de la botanique par la multiplicité des variétés implantées…

Le projet jardin / paysage de l’église Saint Pierre de Montmartre traduit donc un projet rassembleur d’hommes, de temporalités matérielles et immatérielles. C’est donc tout naturellement qu’il s’inscrit dans une démarche  rencontre / réflexion, fédérant des acteurs de tous horizons: ecclésiaux, publics et privés, bénévoles et professionnels, collectifs et intimes… En cela le projet présente déjà, aujourd’hui, une réussite humaniste, travaillant de concert à la mise en place pérenne de ce dernier.